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Lorsque l’on considère l’aujourd’hui de l’être-là africain, la précarité et la souffrance qu’il vit au quotidien, la question ne se pose même pas. Au moins 7 Africains sur 10 pourraient considérer que naître africain est une fatalité et ils auraient peut-être raison. Sinon comment comprendre qu’on dise que l’Afrique est le plus grand continent et le plus riche qui soit et que pourtant deux Africains sur trois vivent dans la misère ? C’est dire que les atouts de l’Afrique ne lui profitent guère. C’est dire aussi que l’Africain au quotidien trimbale comme un bossu tout une avalanche de problèmes qui freinent son épanouissement. Cependant, nous pensons fermement que naître africain reste un privilège, un privilège qui implique un grand défi à relever. Et c’est justement l’objectif de cette ébauche d’analyse dont le souhait est de présenter quelques problèmes cruciaux que rencontre l’Africain que je suis et surtout de donner des pistes de solutions pour tenter d’y remédier.

Si nous pensons que naître africain est un privilège, c’est également parce que nous croyons que la question du sous-développement en général que connait l’Africain n’est pas une fatalité. Il connait certes des difficultés : pauvreté, chômage, maladies, guerre, immigration, trahisons, assassinats éhontés, corruption, détournement de fonds public, gabegie outrancière, etc., la liste est longue. On peut les répartir en deux catégories : les problèmes exogènes et les problèmes endogènes. Nous nous contenterons d’évoquer les difficultés endogènes qui entravent le vivre bien de l’Africain, notamment celles dont souffre la jeunesse. Cette dernière est sujette à une chaine de malheurs qui se décline en chômage, en pauvreté, en immigration, en délinquance, en drogue pour ne citer que ceux-là. La solution idoine ne peut résider que dans une éducation de qualité.  

Le jeune Africain ne peut se remettre debout s’il ne bénéficie d’une éducation de qualité. Dans nos écoles, collèges et universités, les salles et les amphithéâtres sont débordés. Un seul professeur enseigne plus de 500, voire 1000 étudiants alors que les normes prévues par l’UNESCO recommandent entre 25 à 45 étudiants par professeur. Il est prouvé que dans nos pays d’Afrique, seulement 7 % de jeunes ont accès à l’éducation supérieure. Aussi longtemps que l’éducation serait considérée comme un luxe, le jeune Africain n’en aura pas fini avec la misère. L’éducation doit devenir la priorité des dirigeants africains. 

Nous tenons toutefois à préciser qu’améliorer l’éducation ne signifie pas seulement construire de plus grandes universités collèges et écoles, certes c’est important, mais ce qui est encore plus essentiel, c’est d’ajuster la formation au besoin du marché. En d’autres termes, l’éducation doit répondre au besoin du continent. Ceci implique de rompre avec tous les systèmes éducatifs stériles importés et d’adopter un système éducatif contextualisé, proprement africain. Un autre aspect important est d’y inclure absolument le numérique, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication et le développement de l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, plus aucune éducation qui se veut de qualité ne saurait ignorer ces données.  

Par ailleurs, l’éducation seule ne suffira pas pour résoudre les problèmes de chômages, de pauvreté, de manque de moyens, et j’en passe, il faut y ajouter la valorisation des métiers. On a gardé du colon la mentalité selon laquelle, seul le travail de bureau à de la valeur. C’est une erreur. Dans un pays, tout le monde n’est pas médecin, avocat, professeurs, ministres. Il faut des mécaniciens compétents, des ingénieurs, des menuisiers et charpentiers compétents. La valorisation de ces métiers donnera encore plus de chances à la jeunesse d’exprimer son génie. Et pourquoi ne pas inclure l’enseignement de l’entrepreneuriat dans les programmes d’enseignement dès le cycle primaire ? 

La jeunesse africaine est remplie de jeunes talentueux qui peuvent s’auto-employer et créer également des emplois s’ils apprennent dès leur jeune âge les rouages du secteur de l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, le jeune africain même diplômé –et  surtout diplômé– face à la recrudescence du taux de chômage est obligé de se lancer dans la débrouillardise pour garder l’espoir de pouvoir se nourrir. Mais imaginez combien on pourrait gagner si l’entrepreneuriat devenait une discipline pratique dans nos écoles, collèges et universités. Les jeunes n’auront même pas l’idée de s’embarquer dans le premier bateau de fortune pour risquer leur vie et leur avenir à la quête de mieux-être. Ils auraient créé le paradis chez eux.

Je voudrais développer un troisième point non moins important : la construction d’une conscience identitaire et culturelle. L’Africain en générale et le jeune Africain en particulier doit être fier de qui il est. Le chinois, le russe, l’américain est d’abord fier d’appartenir à son pays. Cette fierté sera la réponse pour résoudre les questions d’immigration, de mauvaise gestion, de gaspillage de ressource, de trahison de son pays pour ne citer que ces problèmes qui gangrènent aussi l’Afrique. Si je suis fier de mon pays, de mon continent, je ne sauterai pas dans le premier bateau pour le quitter, je ne gaspillerai pas ses ressources si j’en suis dirigeant, mais je travaillerai à y créer des conditions favorables pour une vie plus épanouie pour les jeunes. Mais alors comment construit-on une conscience et une fierté identitaire et culturelle ? 

C’est en gardant en mémoire la vive histoire des peuples africains. C’est en transmettant l’histoire fidèle des peuples noirs à la jeune génération. Comme le disait Alain FOKA, « nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire, car un peuple sans histoire est un monde sans âme ». C’est dire que l’histoire possède cette vertu de transmettre l’âme d’un peuple à sa descendance. La vérité c’est que nous assistons aujourd’hui à une sorte d’épistémicide. On travaille à tuer en l’Africain l’estime de soi et la confiance en lui, en lui faisant croire que tout ce qui est bon lui vient d’ailleurs. C’est une erreur. Toute l’œuvre de du savant, Cheikh Anta Diop n’était-elle pas pour réveiller cette conscience identitaire et culturelle ? Bâtissons-nous une conscience identitaire et culturelle solide et l’Afrique vivra. Parce que, une fois encore et c’est Sembène Ousmane qui le dit, « si les Africains ne racontent pas l’Afrique, elle disparaitra ».  

Pour que nous n’en arrivions pas là, il demeure donc indispensable de repenser le système éducatif du jeune Africain, de valoriser les métiers suscités, de favoriser des conditions pour la création d’emplois en leur apprenant à se lancer dans l’entrepreneuriat et enfin travailler à lui transmettre une conscience identitaire et culturelle authentique. Alors seulement, il verra tout le privilège qu’il a de naître africain et sera plus disposé à relever les défis de son temps. 

Malick CHABI GONI

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