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La question ‘’ Naître africain : sacrifice ou défi ?’’ de Monsieur Ricardo-Jean Sèna AHOUANVLAME amène à réfléchir à la problématique liéé au fait de naître africain. Cette interrogation nous a clairement montré que c’est pour tout Africain un défi du fait de naître africain, et cela pour plusieurs raisons. 

C’est un défi pour nous du fait que nous soyons nés africains parce que nous devons dépasser de la philosophie selon laquelle « l’Afrique ne peut jamais se développer » et militer pour celle de « l’Afrique peut se développer et ce développement passe par moi ». C’est pour nous un défi de changer de mentalité, ce que j’appelle ‘’ la démentalisation ‘’ (détruire les mentalités rétrogrades et archaïques selon lesquelles l’Afrique est vouée au sous-développement). Nous devons lutter contre nous-mêmes. Oui, il est vrai que nous n’avons pas choisi de naître africain, être engendrés dans un continent gangréné par le sous-développement. Mais nous devons accepter notre destinée parce que si nous avons vu le jour dans une telle ‘’ merde ‘’, c’est forcément parce qu’il y a une raison. Et effectivement, le fait de naître africain est un défi parce que nous devons travailler pour changer le quotidien  misérable des peuples africains. Plusieurs africains vivent en dessous d’un dollar par jour  : des clichés montrant des familles affamés jusqu’aux os, des enfants morts faute de nourriture. Pitoyable, mais c’est là notre réelle motivation. 

De plus,  c’est pour nous un défi de valoriser notre africanité. Si nous sommes nés dans un continent doté d’énormes potentialités, d’énormes atouts mais qui sont à peine considéré, nous devons travailler, nous devons tout faire pour porter haut le flambeau de notre continent. Par exemple, le hip hop, le jazz sont connus de tout le monde parce que les Américains ont valorisé leurs cultures ; même chose pour le chawarma, le hamburger, la pizza. En Afrique, nous avons une mine de richesses à valoriser: le zinli, le toba, le têkê, le agbadja et bien d’autres sont des rythmes qui définissent notre identité ; de même que le gnomli, le télibo, le atchèkè sont des spécialités qui font toucher du doigt la richesse de notre patrimoine culinaire. Ce sont là quelques raisons pouvant inciter chaque Africain-né à continuellement relever le défi du fait qu’il soit né Africain. Mais, comme nous l’avions dit, relever ces défis ne sera pas chose facile du fait des énormes problèmes que rencontre l’Afrique. 

Ces maux qui dénaturent et ridiculisent le continent sont multiples et multiformes. Sur le plan social déjà, nous avons premièrement le chômage. Le chômage est la conséquence du « manque d’emploi »,  du « manque de compétence ». C’est un problème orchestré par la stérilité du système éducatif de certains pays et par le manque d’orientation, de spécialisation. C’est logique en fait : lorsqu’on ne sait pas ce à quoi ça sert d’exercer tel ou tel métier, lorsqu’on ne s’y est pas préparé, on ne peut exécuter l’exécuter. Et ainsi, on ne peut que parler du chômage après les études. Je pourrais même dire, et sans ambages, que c’est le chômage qui engendre les autres maux tels que : les problèmes sanitaires, le terrorisme, la guerre et j’en passe. Autre chose : dans certaines communautés, la femme n’est rien. Elle n’est utile qu’à pondre des enfants à la douzaine ; ce fait pose deux problèmes : la marginalisation de la femme et le surpeuplement en Afrique. Certes, le continent disposerait d’importantes mains-d’œuvre, mais en réalité, c’est un grand mal qui participe activement au recul de l’Afrique. 

Sur le plan économique et financier, nul n’est plus besoin de discourir : la corruption, le détournement de fonds et la mauvaise gestion sont les piliers du sous-développement africain. En fait et comme l’avait affirmé l’auteur du ‘’ Naître Africain : sacrifice ou défi ? ‘’, << l’Afrique connait en son sein des vautours >> expérimentés et habiles pour << sauter sur un budget destiné à la masse, le détourner avec expertise et en silence >>. C’est ce que j’appelle le ‘’ tchédjinnabiïsme’’ (c’est pour moi seul qui compte). Et dans ce cas, comment peut-on parler de développement ? Pendant que des milliers de personnes croupissent sans une baguette de pain de 125f, d’autres s’approprient des centaines de milliards. C’est ahurissant, mais c’est ça mon Afrique : un mal, que dis-je, un fléau, une calamité. Je me rappelle encore ces propos d’Apolinaire Agbazahou exprimés dans son ouvrage ‘’ Le gong a bégayé ‘’ : << Renier son passé et partir à l’aventure du présent, c’est prendre son visa pour une mort identitaire. >> Mais ce que nous observons là en Afrique n’est pas une << mort identitaire>>, mais un « enterrement identitaire ». Je m’explique : nous avons fui nos valeurs et avons adopté la culture des occidentaux : c’est pire qu’une mort identitaire, un marasme culturel auquel il faut trouver des solutions. Quelles sont donc les solutions idoines et pratiques pour éradiquer ces problèmes existentiels ? 

La première solution envisageable est la prise de conscience. Pascal Ahouanvoegbe disait : << le sous-développement est une maladie que seule la prise de conscience des dirigeants et des dirigés peut guérir. >>  Si les Africains ne prennent pas conscience de leur sous-développement, alors ils ne peuvent pas décoller. C’est comme le dit aussi l’auteur << personne ne fera véritablement ce que les Africains doivent faire à leur place >>. Il faut vraiment que les Africains se réveillent de leur sommeil pour faire face à leurs problèmes pour y trouver solutions : pour régler le problème du chômage, il faut changer le système éducatif et le remplacer par un système éducatif adapté aux réalités éducationnelles d’Afrique. Il faut promouvoir  une orientation des élèves en adéquation avec leur passion et leur talent. 

Le problème des « vautours budgétivores » nécessite une prise de conscience. Je veux dire : si l’on sait que les ressources disponibles sont pour tout le monde, alors on ne peut pas y toucher. C’est donc le fruit de la prise de conscience, un exercice de maîtrise de soi et aussi de compétence, acquis à l’école. Concernant l’aliénation culturelle, il est impératif de commencer par valoriser notre culture. Soyons fiers de manger du gnomli arrosé d’huile rouge accompagné du tchoukoutou. Soyons heureux de porter le Boumba avec Gobi et de danser le agbadja, le zinli ; soyons fiers de notre africanité et je crois que nous aurions amorcé notre ascension culturelle. 

Je remercie monsieur Ricardo AHOUANVLAME pour m’avoir permis de mener cette réflexion. 

Hervé KANZE

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