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Naître africain : sacrifice ou défi ? Voilà le genre de questions qui déchaîne les passions sans jamais trouver réponse. Pourtant, c’est une question simple, dont la réponse est tout aussi simple. Naître africain est autant un défi qu’un sacrifice.

Trois facteurs me font dire que naître de l’Afrique est un défi.

Le premier réside dans le fait que nous avons une revanche à prendre sur l’histoire et sur les âmes damnées de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à faire prospérer l’ignoble commerce dont nos ancêtres ont été victimes pendant près de 4 siècles.

Le second est que la très jeune génération, celle qui suit la nôtre, a besoin d’une catharsis violente et brutale afin de sortir de l’apathie dans laquelle elle végète et d’enfin commencer à s’interroger sur les leçons à tirer de son passé, sur les responsabilités qui l’attendent dans le présent et sur le chemin qui la conduira vers le futur brillant dont rêve l’Afrique.

Le dernier, et le plus important, réside dans le fait que l’Afrique a un rôle de leader à jouer pour sortir le monde de la crise de surconsommation qui menace aujourd’hui de le conduire à sa fin. L’Afrique est le continent le plus riche, qu’il s’agisse de ressources minières ou de forces valides. Et à ce titre, il nous incombera très bientôt de prendre la direction des efforts de sauvegarde de notre monde. La planète compte sur nous, car aux grands pouvoirs, viennent les grandes responsabilités.

Nous avons donc les ressources, et nous avons les hommes pour les exploiter. Pourquoi sommes-nous encore aussi en retard ? Que nous manque-t-il donc ? Trois choses : la vision, les politiques, le système, les trois facteurs qui me font dire que naître africain est également un sacrifice.

Le peuple africain, dans sa grande majorité, manque de vision. Nous en sommes toujours à voter pour un candidat aux présidentielles en fonction de critères stupides tels que la région dont il est originaire ou encore le montant total que nous avons pu lui soutirer. Nous nous mettons des œillères et refusons de voir le tableau dans son ensemble, d’anticiper, de prévoir. Les pères de nos Indépendances en sont l’exemple le plus vivant. Ils ont lutté pour la souveraineté de nos peuples, pour leur droit à l’autodétermination. Et lorsqu’ils ont enfin gagné, ils ont pris la place de l’ennemi qu’ils venaient de vaincre pour opprimer leurs propres peuples. A aucun moment, ils ne se sont dit que leurs actes constitueraient le terreau d’où émergeraient les chaînes qui empêchent l’Afrique de se mouvoir. 

Le second facteur réside dans le fait que nous, Africains, sommes extrêmement doués pour organiser des colloques, des ateliers de réflexions et autres séminaires ou conférences. Tous ces évènements constituent des creusets au cours desquels nous produisons de la pensée brute, des idées. Mais après, plutôt que d’appliquer rigoureusement les résolutions issues des derniers conclaves, nous attendons que quelques mois passent, puis nous organisons de nouveaux colloques, pour réfléchir sur les mêmes questions et sortir les mêmes résolutions qui ne seront jamais plus que des dossiers poussiéreux au fond d’un tiroir.

Le troisième et dernier facteur, c’est le système ; toutes ces choses qui sont devenues si habituelles qu’elles en sont devenues instinctives ; tous ces gestes qu’il ne faut surtout pas remettre en cause au risque de se voir adresser un cinglant « c’est comme ça qu’on fait ici ». L’Afrique s’est mal éduquée. Elle a appris la corruption, le clientélisme, l’usage inconsidéré des ressources publiques, la détérioration du domaine public. Et ces « mauvaises habitudes », aujourd’hui devenues systémiques, s’émulent en chacun de nous et créent en notre sein, à l’image du bien et du mal, un combat manichéen destiné à déterminer si nous compterons parmi les millions de bourreaux du continent ou parmi les dizaines de ses rédempteurs.

Ces trois facteurs sont les causes profondes de tous les problèmes que vivent au quotidien les peuples d’Afrique. Parce que l’Afrique n’a pas su anticiper sur les défis qui l’attendent sur le chemin vers le développement et ajuster sa démarche en fonction de ceux-ci (manque de vision, donc) et qu’elle s’est contentée de réfléchir à comment affronter lesdits défis sans jamais réellement prendre sur elle le poids de l’action (non-implémentation des politiques), elle a échoué à créer cet ensemble de mécanismes sans lequel toute évolution relève du domaine du rêve : le système de gouvernance, conçu pour baliser le chemin et empêcher les dirigeants de se perdre.

Tout ceci étant entendu, quelles solutions s’offrent aujourd’hui à l’Afrique ? Que pouvons-nous faire pour enfin nous hisser à la hauteur des défis qui nous attendent ?

Il faudrait que nous réussissions à, de nouveau, intéresser les Africains au sort de l’Afrique. Il est primordial que les principaux acteurs de la tâche à accomplir comprennent qu’il n’y a personne d’autre qu’eux pour le faire et qu’ils doivent commencer à agir maintenant. 

Ensuite, il faudrait relever le défi de l’instruction, passer le cap des 80 % d’alphabétisation en Afrique. Développer l’Afrique impliquera forcément, à un moment ou à un autre, un affrontement de face avec les puissances actuelles du monde. Et lorsque cela arrivera, il nous faudra les battre sur ce qui est aujourd’hui considéré comme leur terrain, celui de l’instruction et de tout ce qui en découle. Nous devons avoir des penseurs capables de haranguer des pays entiers et de s’émuler dans la jeunesse africaine comme Karl MARX à son époque, nous devons avoir des scientifiques de premier ordre capables d’innover dans leurs domaines respectifs tels que Louis PASTEUR, Marie CURIE ou encore Albert EINSTEIN à leurs époques. Nous devons pouvoir tenir le débat, qu’il s’agisse d’idées, ou d’accomplissements concrets. 

Ensuite, nous devons nous reconnecter avec nos frères et sœurs de la diaspora, afin de créer une passerelle d’échanges de connaissances, d’expertises, d’expériences et de patrimoines historico-culturels entre l’Afrique continentale et l’Afrique présente à travers le monde par le biais de ses fils expatriés.

Ces trois points, si nous les mettons en pratique, pourront, j’en suis convaincu, nous révéler une vérité que jusqu’ici, nous peinons encore à voir : le développement ne peut pas avoir le même sens pour tout le monde. Il devrait appartenir à chaque peuple, en fonction de ses caractéristiques socio-économiques et de son background historico-culturel, de déterminer le sens que le développement devrait avoir pour lui. Les Occidentaux sont nés de pays pauvres en ressources et en opportunités, donc le développement, pour eux, était d’amasser assez d’argent pour que les contraintes naturelles s’aplanissent. Doit-ce nécessairement être la même chose pour l’Afrique ?

Moses KOUGNIAZONDE

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